Les crédits d'équipement, crédits à moyen et à long terme destinés à l'achat de matériels et/ou d'outils lourds, de chaînes de production et de bâtiments industriels, et accordés par le secteur bancaire, connaissent une véritable panne. L'encours de cette catégorie de crédits a connu une quasi-stagnation durant les 11 premiers mois de l'année, en n'affichant qu'une faible évolution de 0,8 % à 139,09 milliards de dirhams. Cette faible progression fait suite à baisse enregistrée en 2012 de -2 %, à 138,00 milliards de dirhams. La baisse de l'encours de ces crédits nécessaires à l'exploitation et donc au bon fonctionnement des entreprises est une illustration de la conjoncture économique difficile que traverse l'économie nationale en générale, et les entreprises en particulier. Cette situation peut aggraver la morosité économique en freinant l'investissement nécessaire à la création de richesse et d'emplois. Elle peut aussi ralentir la modernisation et l'accroissement des capacités de production des unités industrielles et induire des pertes de compétitivité au niveau de certains pans de l'économie nationale.

Comment peut-on expliquer ainsi cette panne du financement des entreprises ? En résumé, deux catégories d'explications peuvent être avancées, selon que l'on soit du côté des opérateurs économiques ou du côté des banquiers.

Selon les opérateurs, l'explication fondamentale est à rechercher du côté de la frilosité des banques à accorder des crédits aux entreprises, plus particulièrement aux TPE et aux PME. De plus, ajoutent-ils, les conditions d'octroi de crédits se sont durcies au cours de ces dernières années. En plus des garanties demandées aux opérateurs, les taux aussi ont suivi ne tendance haussière, notamment pour les TPE et les PME. Enfin, manquant de visibilité sur l'évolution de la conjoncture économique nationale et internationale, les opérateurs privés sont devenus plutôt attentistes et préfèrent ainsi repousser leurs projets d'investissement en attendant d'avoir plus d'éclaircissement sur l'évolution économique nationale et internationale.

Faiblesse de la demande de crédits

De leur côté, les banquiers avancent d'autres explications pour justifier le tassement des crédits d'équipements, en bottant en touche l'argument principal des opérateurs relatif à la frilosité des banques. Pour eux, le ralentissement de l'encours s'explique avant tout par la faiblesse des demandes de crédits qui leurs sont adressées par les opérateurs économiques qui manquent, il est vrai, de visibilité. Ensuite, les banquiers reconnaissent un certain durcissement des conditions de crédits qui se justifie aussi par au moins deux raisons. D'abord, la conjoncture a fragilisé quelques secteurs de l'économie nationale (textile, tourisme, sidérurgie, etc.), augmentant sensiblement le niveau des impayés au cours de ces dernières années. Les créances en souffrance des entreprises ont connu une hausse significative. Depuis le début de l'année, ces créances ont augmenté de 12,1 % à fin novembre 2013 pour s'établir 22,86 milliards de dirhams. Cette situation a poussé les banques à augmenter sensiblement le montant de leurs provisions. Ainsi, en 2012, le coût du risque du secteur bancaire a progressé de 49 %, absorbant 28 % du résultat brut d'exploitation et impactant ainsi négativement les réalisations financières du secteur. Ensuite, et dans le même ordre d'idées, face au durcissement des règles prudentielles de Bank Al-Maghrib, dans le cadre d'une convergence vers les normes de Bâle II et la préparation des établissements bancaires au nouveau cadre mis en place par Bâle III, les établissements de crédits étaient obligés de devenir plus regardants en octroyant des crédits aux opérateurs économiques, notamment à ceux exerçant dans des secteurs devenus vulnérables. Enfin, les tensions de liquidités sur le marché n'ont pas arrangé la situation. Avec un déficit de liquidité bancaire légèrement supérieur à 70 milliards de dirhams, les banques sont aussi plombées par le tarissement de leurs ressources. En effet, au terme des 11 premiers mois de l'année en cours, l'encours des dépôts bancaire n'a connu qu'une hausse 1,1 % à 696,21 milliards de dirhams. Toutefois, sur ce point, les banques peuvent compter sur les concours de Bank Al-Maghrib via les injections de liquidités pour soutenir le financement de l'économie nationale.

Mesures pour les TPE, PME et ETI

Enfin, si toutes les catégories d'entreprises sont concernées par cette problématique de financement, il n'en demeure pas moins que la situation demeure plus compliquée pour les PME et encore plus pour les TPE. Ces catégories d'entreprises sont plus fragiles, généralement sous capitalisées, et donc plus exposées à des conjonctures économiques difficiles. Les TPE et PME représentant plus de 95 % du tissu économique national, Bank Al-Maghrib a multiplié les initiatives pour leur faciliter l'accès au financement bancaire. Outre l'élargissement du collatéral éligible aux effets représentatifs des créances privées sur les TPE et PME, l'institution compte lancer durant le premier trimestre de l'année en cours un «Fonds de soutien financier» dédié à la PME et aux Entreprises de taille moyenne (ETI). Ce fonds a pour objectif de soutenir l'appareil productif national durant cette période transitoire difficile, en permettant aux entreprises industrielles et exportatrices ciblées d'accéder aux ressources nécessaires à leur pérennité.


Source : La Nouvelle Tribune
09/01/2014

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