Les capitaux des fonds du Qatar, Abu Dhabi, du Koweit, etc, ont globalement bondi de 60 % depuis 2007 à 1.600 milliards de dollars. La crise leur a donné l'occasion d'amorcer un lent virage de leurs pratiques.

Ils ont autant les yeux rivés sur les cours de l'or noir que sur Wall Street. Et pour cause. Alimentés par les exportations de gaz ou pétrole de leur pays, les fonds souverains du Golfe reçoivent de l'argent dans leurs caisses tant que le cours du baril reste supérieur au niveau des 80-85 dollars, ce qui est le cas depuis 2011. Le Koweït vient d'ailleurs d'annoncer qu'il allait encore placer le quart de ses recettes pétrolières dans son fonds souverain KIA. De quoi augmenter encore la force de frappe des acteurs du Golfe.

Ils détiennent aujourd'hui un peu plus du quart des 6.000 milliards de dollars de capitaux totaux des fonds souverains. Leurs actifs ont progressé de 60 % depuis 2007 à près de 1.600 milliards de dollars. En tête figure l'Arabie saoudite (680 milliards), puis Abu Dhabi (425), le Koweït (400), le Qatar (175), Oman (16) et Bahreïn (11). Et la crise n'a pas eu que des inconvénients pour eux en ce qu'elle a leur a permis « d'attirer et recruter de nombreux professionnels des banques anglo-saxonnes et du monde de l'investissement. Ces embauches vont leur permettre de se développer davantage sur des classes d'actifs et expertises pointues (capital-investissement, immobilier, "hedge funds"…) », explique Sébastien Henin gérant de portefeuille chez The National Investor.

En moyenne entre 2005 et 2012, les fonds de la région avaient autour de la moitié de leurs actifs placés en actions, notamment dans quelques secteurs clefs (finance, tourisme, luxe, énergie…), 20 % en obligations, notamment les titres d'Etat (Etats-Unis, zone euro), 13 % sur l'immobilier et 10 % sur les autres classes alternatives (capital-investissement, « hedge funds », infra-structures). Ils ont continué à investir dans ces dernières en 2013 tout comme sur les actions émergentes. Ils investissent peu dans leur propre pays ou région et, quand ils le font, c'est au travers d'entités spécialisées, souvent investies sur un nombre clef et limité de secteurs stratégiques (banques locales, télécoms…) et pour des montants modestes au regard de la totalité de leurs actifs.

La rotation des obligations peu rémunératrices vers des actifs plus risqués a été entamée depuis dix-huit mois, mais ne concerne pas tous les fonds. Ainsi, Sama, le fonds d'Arabie saoudite, est toujours massivement positionné sur les obligations, conformément à sa prudence. A l'autre extrême, le fonds qatari ou QIA est lui positionné essentiellement sur les actions. Ce fonds pressé et décomplexé, qui ne rechigne pas à s'endetter pour prendre des participations, a fait une entrée fracassante au sein du capital de nombreuses sociétés depuis trois ans et à des cours bien plus bas qu'aujourd'hui. C'est au niveau de la Qatar Foundation que se décide la répartition des capitaux entre la douzaine de différents fonds (Qatar holding, QIA…) et entités spécialisées sur des secteurs comme le luxe. Le jeune fonds qatari n'a pas hésité à faire entendre sa voix chez Volkswagen ou dans l'opération Glencore-Xstrata, mais toujours selon des critères purement financiers. Un activisme peu courant dans la région, où les fonds rechignent à s'impliquer dans la gestion des sociétés, afin notamment de ne pas être taxé d'interventionnisme ou d'arrière-pensées stratégiques de la part de leur Etat. Les mentalités commencent à évoluer, mais lentement, comme c'est la règle dans la région.

Depuis la crise, les progrès de ces fonds en matière de transparence et de gouvernance ont été généralement moins importants que pour leurs homologues des pays développés. Un fonds souverain (toutes nationalités confondues) est noté en moyenne 54 sur 100 en termes de transparence, d'après un rapport (1) du Peterson Institute. Si certains fonds du Golfe sont au-dessus de la moyenne comme KIA (73), Mubadala (65) ou Adia (58), d'autres sont bien en dessous tels QIA (18) ou Oman (27). « Leur processus de prise de décision souvent très lent et très spécifique ne facilite pas leurs opérations de collaboration et co-investissement », souligne Sébastien Henin. Si les fonds du Golfe collaborent peu entre eux, ils sont plus ouverts à des partenariats ponctuels avec les fonds chinois et singapourien, notamment dans des pays comme l'Inde.


Source : Les Echos
10/01/2014

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